Madagascar : quand les entretiens d’embauche deviennent une arnaque

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Vous avez déjà vécu un ou plusieurs entretiens d’embauches à Madagascar? Quand quelqu’un vient de subir un entretien d’embauche, il a dans la tête une somme colossale après des heures de dur labeur… Toutefois, sachez à quoi vous en tenir après un entretien d’embauche à Madagascar. Essayez de clarifier la théorie ci-dessous avant de vous lancer ! 

 

Entretiens d’embauche : tout est théorie !

Photo prise sur Flickr
Le contrat peut s’avérer être un piège pour le travailleur.

Les discussions dans les entretiens d’embauche semblent parfaites : limitation des travaux à faire, horaires, rémunération… Tout semble tenir debout ! Tu feras huit heures de travail par jour – c’est la loi à Madagascar – et tu gagneras une rémunération équivalente. En cas d’heures supplémentaires, tu te feras payer plus et tu seras « raccompagné par le personnel » en cas de travail de nuit. « Bien sûr, les heures supp, ça n’arrive que deux à trois fois dans le mois ! », rassure le Directeur des ressources humaines (DRH), très gentil et souriant. En cas de déplacements imprévus, tu auras une indemnité conséquente… « Après un an de travail, vous pourrez prendre congé, selon le Code du travail », stipule-t-il en étalant ses connaissances en la matière… La grosse arnaque, c’est le volet qui t’expose ce que tu auras à faire. Par exemple, lors d’un entretien d’embauche de journaliste. « Vous devrez traiter de la rubrique Social exclusivement. Vous écrirez trois articles par jour sur différents sujets du domaine social, en français ». D’accord, cela semble convenir. Puis vient la phrase-clé : « Vous êtes libre de suite pour commencer ? » En tant que candidat qualifié et retenu, qu’y a-t-il de mieux que d’accepter ! « Oui », répondras-tu avec un sourire.

Rien à voir avec cette théorie !

Sauf qu’une fois dans le système, tu découvres que toute cette discussion qui avait duré quinze à vingt minutes dans une salle conviviale et climatisée n’était qu’une arnaque. En un mois, tu deviens le nouvel esclave de ce système qu’on appelle le capitalisme et la société de consommation, qui t’oblige à produire plus pour gagner peu… Le chef/patron/boss ou  je-ne-sais-plus-qui, parfois ton propre collègue qui profite de son « ancienneté », t’obligera à faire TOUT le travail. Et quand je dis TOUT, je n’exagère pas ! Lors de ton entretien d’embauche, on t’avait dit que tu occuperas juste un poste, eh bien non ! Tu occuperas deux à cinq postes. Tu seras à la fois comptable, gestionnaire, agent administratif, consultant juridique, gardien, et parfois encadreur de stagiaire – ça m’est arrivée plusieurs fois ! C’est super, tout ça. Tu auras plus d’expériences que tu n’en auras jamais eues en cinq ans de travail. Mais ta rémunération restera toujours équivalente à une seule fonction. Les heures supp… Apparemment le « deux à trois fois par mois » signifiait « deux à trois fois par semaine ». Le « raccompagnement par le personnel » la nuit, il existe mais seulement ce sera dix personnes dans une voiture pour cinq places, ou tu peux toujours marcher à pieds ou prendre un taxi vers 22 heures… Les indemnités… Elles n’existent pas. Ou si mais elles seront soustraites de tes avantages sociaux ou je-ne-sais-plus-quoi ! … De même pour la rémunération. Donc la belle somme que tu avais en tête, elle sera réduite de 5 à 10%, parfois plus…

Un Code du travail freestyle

Le Code du travail, il existe seulement quand il peut servir d’intérêts. Un exemple facile à comprendre : tu n’auras droit aux congés qu’après deux à trois requêtes auprès de ton patron, mais en cas de démission, tu devras quand même terminer ton préavis et éventuellement, les congés seront payés au solde de tout compte. Tout ça sous-prétexte du manque d’effectif… De plus, à Madagascar, le Code du travail, peu de gens le connaissent. On en entend souvent parler mais on ne sait jamais vraiment ce que cela contient. Puis chacun l’arrange comme il l’entend ! Les inspecteurs de travail, ils descendront sur terrain seulement si tu leur auras donné un petit « pourboire ». Ou pire, ils resteront dans leurs bureaux parce que votre patron lui verse un petit pourboire de temps en temps pour éviter que toutes les fraudes de l’entreprise ne soient révélées au grand jour. Sinon, à l’école, on apprend des tas de choses mais rien sur le Code du travail, ni sur la rédaction d’un contrat, ni rien de ce genre… Donc les jeunes diplômés ils entrent dans le monde du travail avec zéro connaissance sur les paperasses mais une panoplie de diplômes. Triste réalité. Pour les femmes, l’entretien d’embauche n’est pas difficile d’ailleurs. La plupart du temps, ça associe entretien d’embauche et rencart avec le patron http://tiasyraconte.mondoblog.org/2017/06/01/madagascar-corps-monnaie-courante/. Et au diable le Code du travail ! Le corps et l’argent priment, et cela semble tout-à-fait normal. Ça fait même partie des « règles » de la société actuelle… Je ne mentionne plus ici les retards de paiement qui dépassent les 10 du mois et qui accumulent parfois plusieurs « 10 du mois »…

 

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6 commentaires sur “Madagascar : quand les entretiens d’embauche deviennent une arnaque

  1. Hélas, dure réalité qui s’avère être vraie et qui ne présage aucun signe d’espoir que ça va changer un jour mais sait-on jamais.

    1. restons positifs! 🙂 j’ai écrit ce billet pour que des changements soient apportés. peut-être pas immédiatement, etc’est vrai que ce que je fais n’est qu’une goute d’eau dans le vase. Mais j’essaie de faire ma part pour apporter un changement ou au moins, une prise de conscience.

  2. La vérité dévoilée. Nous sommes dans un système d’esclavage modernisé par notre patron et nos collègues.

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