Madagascar: des pratiques culturelles pour « se trouver un partenaire »

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Le mariage arrangé existe encore dans les contrées les plus profondes de la Grande île. Cette pratique traditionnelle a l’air d’avoir été abandonnée dans les grandes villes. Cependant, les pratiques culturelles pour « se trouver un bon partenaire » ont évolué et continuent.

Mariage arrangé: les parents usent de manipulation psychologique

Au vingt-et-unième siècle, à Madagascar, les enfants n’accepteront plus jamais que leurs parents choisissent leur mari sans leur consentement. Et ça, les parents malagasy l’ont bien compris. Il n’est plus possible d’obliger son fils ou sa fille à se marier avec un tel ou un tel, dans le but de voir prospérer les richesses familiales. D’accord, mais il doit sûrement y avoir un moyen. Rapidement, les esprits des parents ont eux aussi évolués et aujourd’hui, le mariage arrangé a pris une nouvelle forme. Il s’agit de la manipulation psychologique. J’ai été assez étonnée de voir que dès la maternelle, des parents s’immisçaient très tôt dans l’esprit de leur enfant, notamment la mère, pour lui faire comprendre quel genre de beau-fils ou belle-fille elle souhaiterait avoir. « Tu vois la fille là-bas? Quand tu seras grand, tu auras une jolie femme comme elle! », a une fois déclaré une maman à son petit garçon de cinq ans, dans le bus. Elle semblait déjà se faire pousser des ailes en y pensant. La modélisation de ce sujet dans l’esprit de l’enfant conduira certainement cet enfant à n’aimer que les personnes qui correspondront à cette description. Plus tard, vers ses dix-huit ans, la mère lui dira qu’elle a vu une belle jeune fille  qui pourrait « former un beau couple » avec  elle. D’autant plus que leurs familles se connaissent depuis longtemps et que la famille de celle-ci semble « à la hauteur », matériellement parlant.

Matérialisme: motif de pratiques culturelles choquantes

L’amour ne devrait pas être mesuré selon la richesse et la fortune. © Audhray

Ce qui est choquant, ce n’est pas vraiment le mariage arrangé et la manipulation psychologique. C’est le côté matérialiste affiché par certains parents! Je me souviens d’une proche qui parlait ouvertement de sa fille. D’après elle, le meilleur, ce serait que sa fille épouse un homme étranger. Mais par défaut, un garçon malagasy qui aurait les « mêmes qualités » ferait l’affaire. « Oui, parce que ma fille a étudié à l’étranger… » La raison du mariage mixte en elle-même me dépasse. Etudier à l’étranger oblige-t-il également cette logique? Mais pire encore! Dans les grandes villes côtières, comme à Diego par exemple, la culture veut que les jeunes filles se marient avec un « Vazaha »(1). Les objectifs: donner naissance à un joli petit métis et pourquoi pas, partir à l’étranger. Les filles, dès leur plus jeune âge, sont pour la plupart préparées à ça. Elles étudient la langue française, deuxième langue officielle à Madagascar, et une troisième langue: anglais ou allemand la plupart du temps. Après le Baccalauréat, elle pourra conquérir un « Vazaha », à la grande fierté des parents. Cette pratique, elle a existé après la Colonisation. Eh non, ce n’est pas une pratique traditionnellement malagasy. Auparavant, la tradition exigeait que l’on se marie entre « classes sociales »: les « Andriana »(2) entre eux, les « Hova »(2) entre eux et les « Andevo »(4) entre eux. Toujours du matérialisme ! La nouvelle pratique étant aussi choquante que l’ancienne.

« L’idéal »

Dans la Capitale, la pratique est moins visible. Les parents ne poussent pas « visiblement » leurs enfants à se marier à un homme ou une femme riche, mais la psychologie est la même. Au lieu de vous expliquer, je vais vous donner un exemple concret. Dès que l’enfant trouve un partenaire, si celui-ci n’est pas idéal, il passera sous silence dans toute discussion familiale et réunion de famille. Mais si le partenaire est « l’idéal », il fera le sujet de toutes les conversations durant un dîner. Et d’ailleurs, une petite rivalité sur qui a le meilleur gendre s’engagera dans la discussion. On étalera tout le CV de notre nouveau beau-fils ou belle-fille… Au début, je pensais que cela n’était que de simples sujets de conversations. Mais plus j’en vois, plus je me rends compte que c’est un vrai rite, cette vantardise et pratiques pour trouver le mari ou la femme parfaite. Je trouve tout cela bien triste…

(1) »Vazaha »: dénomination malagasy pour nommer les étrangers, notamment les Français
(2) »Andriana »: la classe des nobles, avant la Colonisation, à l’époque de la monarchie, à Madagascar
(3) »Hova »: la classe des roturiers, avant la Colonisation, à l’époque de la monarchie, à Madagascar
(4) »Andevo »: la classe des esclaves , avant la Colonisation, à l’époque de la monarchie, à Madagascar

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