A Madagascar, l’industrie de la musique tourne à l’autopiratage

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L’industrie de la musique est l’une des industries les plus florissantes à Madagascar. Mais cette année, le secteur musical connaît un déclin. Les artistes ont donc changé d’alternative : place à l’autopiratage.

Matraquage et autopiratage à Madagascar

Les artistes de la Grande île rencontrent actuellement de grandes difficultés. C’est ainsi que les amateurs et professionnels du showbiz malagasy ont décidé de faire appel à l’autopiratage. L’autopiratage, qui est l’action de se pirater soi-même, de faire une copie illégale d’une œuvre que l’on a soi-même créée dans le but de se faire de l’argent. En effet, face à la crise économique et sociale qui persiste depuis plusieurs années, se faire de l’argent par le biais du show-business n’est plus aussi facile qu’auparavant. Les artistes déjà connus ont du mal à préserver leur notoriété. Ceux qui veulent faire carrière ont beaucoup de mal à se faire connaître. Le matraquage se fait actuellement à des millions d’Ariary.

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Mamina Rakotondravao, un des lauréats du concours musical télévisé « Feo Tokana Gitara Iray ».

« Le matraquage est l’une des meilleures sources de revenus pour les radios et TV à Madagascar. Cela coûte extrêmement cher, et seuls les artistes qui « en ont les moyens » peuvent s’offrir le luxe de matraquer leur chanson. Les moins fortunés sont moins connus car leurs œuvres ne sont pas « fortement matraquées », a témoigné Mamina Rakotondravao, artiste en herbe, un des lauréats du concours musical télévisé « Feo Tokana Gitara Iray ».

Un concours organisé par la RTA et l’illustre chanteur malagasy Erick Manana. Pour qu’une chanson soit connue, il faut faire passer une chanson une dizaine de fois sur les ondes, et de même pour un clip à la télé. Un investissement qui n’est pas toujours rentable et qui, parfois, conduit même à une perte de plusieurs millions pour un chanteur/musicien.

Autopiratage: une alternative facile et sûre pour les artistes

L’autopiratage est devenu une solution pour de nombreux artistes qui n’ont pas les moyens de se payer – ou ne veulent pas se payer – le matraquage dans les médias. Il suffit de diffuser sa chanson dans les kiosques qui « mampiditra hira », ou littéralement « mettent des chansons » dans les MP3, MP4, téléphones et autres supports électroniques, à 100 ariary par chanson, soit environ 0,02 euros – ça paraît extrêmement accessible mais cela est très difficile à trouver pour les 90% de Malagasy qui vivent en dessous d’un euro par jour.

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Un kiosque »mampiditra hira » à Ambatomaro, un quartier de la Capitale.
cc:Tiasy

Bref, ces kiosques sont présents presque partout dans les rues de la Grande île. Notamment dans les provinces et régions où les gens préfèrent « acheter » les dernières nouveautés musicales sur les trottoirs plutôt que de s’acheter une radio. Il est indiscutable que l’autopiratage est efficace à cent pour cent, économique et facile, comme l’a affirmé un intervenant lors du conférence-débat portant sur le thème « Les médias et leur rôle dans la promotion de la culture », le 20 septembre dernier à l’IKM(1) Antsahavola, à Antananarivo.

Favorisation du piratage : retour en arrière

Cette pratique de l’autopiratage est devenue tellement courante que les artistes en ont oublié leur combat contre le piratage, il y a de cela quelques années. A l’époque, il s’agissait d’un grand fléau de l’industrie musicale. Des artistes ont enregistré des gaps de plusieurs millions dus au piratage et au marché y afférant. Marché qui existe encore aujourd’hui mais semble apprécié par certains. Il s’avèrerait que le piratage ait ses bons côtés. Il permettrait que l’artiste se fasse connaître, ce qui entraîne une plus grande audience lors des concerts, d’où de meilleurs chiffres d’affaires. D’où cette pratique illégale de s’autopirater.

« Il y a des artistes qui font de l’autopiratage leur principal moyen de matraquage« , a témoigné Anjara Rasoanaivo,journaliste culturelle de Midi Madagasikara.

Fait triste mais pourtant réel, cela démontre à quel point l’industrie de la musique est en difficulté dans la Grande île. Pour de nombreux artistes, aujourd’hui, c’est le commerce qui prime. Il n’est plus question de légal ou pas, culturel ou pas, il est question avant tout d’argent. Le Gouvernement et le ministère de la Culture et du patrimoine ne semble nullement s’inquiéter des problèmes rencontrés actuellement par les artistes. Il faut avouer que l’industrie musicale, bien que mise à mal, marche toujours mieux que les autres secteurs économiques. Mais le problème pourrait ne pas se poser maintenant. Il pourrait se poser dans cinq, dix ans. Et c’est là que les conséquences de cet autopiratage si bien pratiqué se verront, tant sur le front musical qu’économique et culturel. Faut-il rappeler qu’une œuvre piratée n’a aucun avenir au niveau international – si cela se sait bien sûr ! De même qu’un artiste piraté puis autopiraté sera tout aussi non crédible.

« Il faut rechercher des solutions, trouver des initiatives. Les bonnes pratiques sont souvent mal exploitées« , continue Anjara Rasoanaivo.

A l’exemple de la radio en ligne paradisagasy.com, qui est le site le plus apprécié par les artistes pour leur notoriété et le matraquage qu’on peut y faire. Il s’agit d’un bon exemple à suivre pour ces artistes qui souhaitent se faire connaître.

 

(1)IKM : acronyme pour « Ivon-toeran’ny kolontsaina malagasy », qui est un centre dédié aux artistes, à l’art et aux œuvres artistiques malagasy

 

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