Face à la peste, une crise sociale attend Madagascar au tournant

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Trois mois qu’une épidémie de peste sévit à Madagascar, et elle ne semble pas prête à mettre les voiles. La psychose de la peste est sur le point de conduire à une crise sociale. Tous les problèmes auparavant enfouis ont refait surface : conflits entre les institutions publiques et les particuliers, inégalités sociales et religieuses. Des faits qui pourraient conduire vers une crise sociale.

Face à la peste, crise sociale au tournant

L’épidémie de peste qui sévit depuis trois mois à Madagascar devient un véritable phénomène social, et une crise sociale attend au tournant si les dirigeants ne se hâtent pas de prendre des mesures plus « efficaces ». Entre petites dératisations par-ci et petites désinfections par-là, les mesures prises par l’Etat semblent loin d’avoir un impact sur l’éradication de la peste. Pire, le nombre de victimes ne cesse de s’accroître. De quoi attiser les flammes déjà allumées et alimenter le charbon déjà installé dans la société. Exemple concret : la rébellion de la Direction diocésaine de l’enseignement catholique, ou Didec, face à une prolongation sans fin de la fermeture des écoles, alors que tous les autres secteurs continuent de tourner. C’est ainsi que la Didec a décidé de reprendre les cours hier, 25 octobre, si les cours ne doivent officiellement commencer que le 6 novembre prochain.

peste désinfection
Des désinfections ont eu lieu dans la Capitale, mais moindres.
cc: Cua Serasera

« Le gouvernement utilise tout simplement la peste comme excuse pour sanctionner l’enseignement. Alors que les lieux de travail, bureaux, zones franches et autres continuent d’ouvrir chaque jour. L’épidémie ne sera pas éliminée avec des mesures aussi alternatives. Cela devient seulement une punition pour des établissements qui auraient dû donner des cours depuis plusieurs semaines », a-t-on appris d’une source bien informée.

En effet, les membres de l’éducation catholique soupçonnent une stratégie politique pour mettre à mal le système éducatif malagasy, déjà fortement fragile, et tenter de repousser la rentrée scolaire au mois de janvier 2018 pour quelques sordides raisons, dont notamment des intérêts politiques et des magouilles dans le secteur éducatif. Face à cela, la Didec peste. Malheureusement, cette décision de la Didec a aussi remis à la surface les inégalités sociales et religieuses.

Peste : remontée des inégalités sociales et religieuses

Les contestations de la décision de la Didec ont été vives, notamment sur les réseaux sociaux. Parmi ces contestations, le fait que les « Catholiques » veulent se distinguer. En effet, on en parle peu mais les Catholiques ont toujours été pointés du doigt pour les différents événements organisés qui rassemblent le plus important nombre de fidèles dans la Grande île : visite des reliques de la Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de ses parents en 2015, et du Cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’Etat du Vatican, en janvier dernier. Et dans cette distinction, le fait que les élèves des écoles catholiques – parmi les meilleurs établissements à Madagascar et reconnus pour leur discipline, leur rigueur dans le partage des connaissances et dans l’éducation – se verront encore plus hissés au premier rang car ils pourront rattraper ces semaines de retard scolaire. Tandis que les élèves des écoles  privées moins avantagées et ceux des écoles publiques devront attendre que le gouvernement décide de leur sort. Et tout le monde sait que les écoles publiques sont loin de pouvoir – et vouloir – offrir cette qualité d’enseignement que les parents malagasy rêvent d’offrir à leurs enfants. D’autre part, il existe d’autres écoles religieuses protestantes, luthériennes, adventistes, anglicanes et musulmanes qui ne sont regroupées nulle part et qui ne font ni partie des privés simples ni de la Didec. Qu’en est-il de ces écoles et des enfants qui y étudient ? Pourraient-ils eux aussi hausser la voix et pousser le gouvernement à prendre des mesures plus radicales contre la peste?

La peste mène vers une crise sociale. Outre le secteur éducatif, de nombreux secteurs en pâtissent. Le secteur du transport a observé un certain déclin.

« Le nombre de voyageurs ne cesse de baisser depuis le mois d’août. Cela a fortement régressé en ce mois d’octobre, si bien qu’on arrive à peine à tenir jusqu’à la fin du mois », explique un chauffeur de taxi-brousse à la gare routière Ambodivona.

Toujours suite à la peste, la consommation d’essence a fortement baissé. Le prix du riz ne cesse d’augmenter, et cela depuis le début de l’année 2017. Aussi, face au bruit qui court selon laquelle la peste pourrait être « injectée », de nombreuses personnes refusent d’aller se faire ausculter même s’il est atteint de maladie autre que la peste, peu importe la nature et la gravité de la maladie. La majorité des foyers se serrent ainsi la ceinture dans tous les sens du terme, et pourtant, les fêtes de fin d’année approchent. A ce rythme, les sapins, jouets et autres caprices pourraient être jetés aux oubliettes pour de nombreuses familles.

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