Mon agression par une folle furieuse, en pleine rue, à Madagascar – Partie II

folle furieuse

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Je n’aurai jamais cru rédiger une Partie II sur ce sujet… Six mois après la sortie de mon premier article sur mon agression par un fou furieux, je me fais à nouveau agressée, cette fois-ci à Ambondrona, un quartier en plein centre-ville.

La folle furieuse

Je me suis faite à nouveau agressée par une folle furieuse, lundi dernier, à Ambondrona, un quartier de la Capitale. Il était environ 17 heures, les rues étaient encore bondées et comme des queues-monstres se formaient aux arrêts de bus, j’ai décidé de faire un certain bout de chemin à pieds. Ce n’était sûrement pas la meilleure décision du jour…

Alors que je marchais, une femme noire, les cheveux cours, vêtue d’un manteau noir – je doute que ce soit la couleur d’origine du vêtement – à peine reconnaissable, pieds nus, un sein à l’air, me barra le passage. Elle fit un geste pour m’arrêter et tendis la main avec un regard menaçant. « Omeo vola ah !” (1) Ah, il ne manquait plus que ça ! Une folle qui mendie, donc qui pense… Une demi-folle… Mais pourquoi c’est tombé sur moi?

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J’avais cette tête, quand elle me rackettait! Cc: Pixabay

J’ai répondu: “Tsisy vola!” (2) Elle m’a menacé avec son poing. Je me sentais plus perplexe qu’apeurée… J’ai forcé le passage mais elle continua à me suivre en menaçant de me frapper. What the hell ? Et pendant tout ce temps, les gens regardaient tranquillement le « spectacle ». J’étais d’ailleurs plus outrée par l’attitude des « spectateurs » que par celle de la folle furieuse.

Comme elle continuait à me suivre, je lui ai dit de partir. Elle refusa fermement. Elle tira sur mon sac que je portais sur mon épaule, et je tirai aussi. La situation était devenue critique, et personne ne bougeait le petit doigt pour venir à mon secours… Et alors, alors que la folle brandit son poing pour me frapper…

L’intervention

Je ne savais plus trop si je devais fuir pour éviter que la folle ne me frappe et lui laisser mon sac – qui contenait toute ma vie – ou si je devais me battre peu importe ce qui allait se passer. Euh… Mon cerveau faisait une analyse à 360 degrés tandis que je continuai à forcer sur mon sac, et c’est alors qu’une femme, d’une quarantaine d’années environ, me tira le bras en disant : « Viens ! »

Un homme, d’une vingtaine d’années, apparut derrière la folle qui, consciente qu’une menace arrivait, partit en courant. Et je me retrouvai entre deux inconnus, longeant la rue dans le sens inverse alors que je devais plutôt marcher dans la direction où la folle venait de fuir. Dilemme : si je prenais la même direction, je risquais de la recroiser et de revivre le même  drame. Mais si je prenais le sens contraire, je devrais faire la queue à l’arrêt-bus, ce qui prendrait toute la soirée. Il se peut même qu’il n’y ait plus de bus et que je devrai rentrer en taxi en pleine nuit…

J’étais de plus en plus perplexe. Déjà parce que je me demandais où je devais aller, mais aussi parce que pour la toute première fois de ma vie, après plusieurs attaques par des fous, des gens m’avaient sauvé.

Un ange

Comme je semblais complètement perdue – j’imagine, l’homme qui était intervenu me demanda si ça allait. Je me suis enfin sentie soulagée que quelqu’un me pose la question. Non pas une question du genre « Fa ahoana e ? » comme la dernière fois, mais une question humaine. Oui, car pour la première fois depuis plusieurs mois, je rencontrai un humain. Un vrai humain, avec un regard simple et attendrissant, et non pas un regard qui juge et qui est remplie d’hostilité.

« – Ça va ?

–          Oui ça va. Merci, répondis-je

–          Je t’en prie. »

Comme j’avais l’air encore perplexe, il me demanda :

« – Tu es vraiment sûre que ça va ?

–          Oui, enfin… Je dois aller dans la direction opposée en fait, mais, j’ai un peu peur au cas où la folle est encore dans les parages.

–          Ah bon ! Allez viens, je te ramène ! »

Je crois que je n’ai jamais été aussi franche en exprimant ce que je ressentais depuis très longtemps, et je n’ai jamais autant fait confiance à un inconnu. Mais la nuit allait tomber et je ne me sentais pas du tout en sécurité.

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La nuit allait tomber et je ne me sentais pas du tout en sécurité…
cc: Maeva Roiz

Nous avons repris le chemin inverse. Quelques mètres plus tard, la folle, le regard toujours aussi menaçant, nous regardait. Elle vint dans notre direction, puis fit demi-tour. Mon cœur battait la chamade.

L’homme, que j’avais considéré comme mon ange-gardien pendant quinze minutes, me ramena jusqu’au prochain rond-point. Je le remerciais profondément et continua mon chemin, moins inquiète, après avoir une dernière fois sillonné le paysage derrière moi pour voir si la folle ne nous avait pas suivis.

Humanité

Je ne reprendrai plus le paragraphe sur la sécurité publique et combien les fous sont mal considérés à Madagascar. Combien une insécurité croissante demeure dans la Grande île, en partie à cause d’eux. J’ai suffisamment palabré sur le sujet lors de la PartieI, et sachez que rien n’a changé depuis…

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Antananarivo vu du village d’Akamasoa, le village construit par le Père Pedro.
Cc: Tiasy

Je voudrais plutôt aborder la question de l’humanité. Pendant ces près de cinq minutes de combat avec une malade mentale, j’ai compris à quel point les sentiments constituaient l’être humain. Pendant que la folle me menaçait, je dévisageais son visage, son air enragé, pleine de haine, mais en même temps, son comportement était rempli de désespoir. Je n’ose imaginer ce que cette femme a dû subir pour en arriver à ce point.

Je me demandais où était sa famille, si elle avait eu un mari, des enfants… Je me disais que si elle mendiait, c’est qu’elle était consciente de sa pauvreté. Et si elle menaçait, c’est aussi qu’elle ne le supportait plus.

Je ne peux imaginer à quel point ces gens souffrent, mais aussi, à quel point ils sont libérés. En effet, un fou, ça marche dans les rues toute la journée, ça s’assoit sur le sol, ça chantonne, ça fait des grimaces, et ça vit comme ça. Ça s’amuse quoi, comme un être humain aux premières années de sa vie. Je donnerai tout pour m’amuser comme ça, en tant qu’être humain normal bien sûr ! Haha.

Toujours d’un point de vue humain, je ne comprends pas comment on peut laisser ces gens livrés à leur propre sort. D’accord, je comprends que la prise en charge de ces personnes nécessite une contribution financière, mais ce n’est pas comme si tout était à construire aussi. De mon point de vue personnel, une aide à l’hôpital psychiatrique d’Anjanamasina de la part du Gouvernement, que ce soit technique, matérielle ou financière, serait d’une grande utilité. Bien sûr, cela ne fait pas partie des « priorités », comme on le dit si souvent.

D’autre part, je suis reconnaissante de savoir que des gens sont encore assez humains à Madagascar pour vous venir en aide en cas d’attaque de pickpockets, de bandits armés et de fous furieux. Des gens prêts à protéger autrui, en pleine rue. Des personnes prêtes à mettre leur vie en danger. Des anges tombés du ciel…

 

(1) « Omeo vola ah »: donne-moi de l’argent »
(2) « Tsisy vola! » : forme contracté de « Tsy misy vola », pour dire « Je n’ai pas d’argent! »

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4 commentaires sur “Mon agression par une folle furieuse, en pleine rue, à Madagascar – Partie II

  1. je voudrais pas êtr à ta place kia e! j’imagines déjà la tronche que j’aurai eu si j’avais subis le même sort :)!!! courage et surtout évites de croiser ces dangeureux personnages la prochaine fois !!! a plus ma chère!! toujours ravi de lire tes articles :*

  2. j’etais aussi victime , mais depuis, je fais ensorte de les éviter…et même s’ il/elle te suit….

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