Madagascar – Quand une génération condamnée dit « Non ! »

Sharing is caring!

Je voulais, au début, écrire cet article sur notre blog d’actualités, Book News Madagascar. J’ai mis une semaine à rechercher un angle, à essayer de voir de quelle manière je pourrai le mieux transmettre le message qui me tient à cœur… J’ai fini par la trouver ! Et je veux la transmettre ici car, en 2017, j’avais écrit un article sur le cri de détresse d’une jeunesse condamnée à Madagascar. Aujourd’hui, je reviens, pour clamer haut et fort que la génération condamnée dit « Non ! ».

« Non ! » à la corruption, « Non ! » à la pression de la société sur les stéréotypes, « Non ! » au sexisme, « Non ! » à la condamnation !

On s’est réveillés !

Cela fait presque deux ans que je fais le raid de toutes les conférences, ateliers, workshops, séminaires, débats et autres dénominations d’évènements du genre, pour assister et écouter comment les gens de mon pays, les JEUNES de mon pays, vivent cette situation de condamnation.

Bien que j’aie horreur de ces événements en général, vu comme les échanges et discussions sont stériles et inconsistants – désolée pour ceux que ça choque mais c’est vrai ! –  j’ai quand même noté un changement depuis les derniers mois où j’ai assisté à ces genres d’événements.

En fait, c’était un peu avant les élections présidentielles du novembre dernier à Madagascar. Les conférences, débats, partages, témoignages, etc., se sont multipliés. Et pour une fois, il m’a semblé que les mots que l’on se disait entre ces quatre murs étaient enfin les mots que j’attendais. Des mots qui sortaient de la bouche des JEUNES ! Des jeunes comme moi, qui en avaient juste marre de cette atmosphère stérile dans laquelle nous vivions, qui étaient peut-être aussi à deux doigts de laisser tomber et de « fuir » littéralement le pays, en recherchant une quelconque bourse d’études, plus vue comme une échappatoire que comme un moyen d’avoir un « bon » diplôme… Des jeunes comme moi, qui voulaient apporter un changement, parce qu’ils étaient conscients, quelque part, d’avoir des responsabilités, en tant que citoyens, en tant que malagasy, en tant que femme, homme, JEUNE… « Le futur du pays », comme on dit ! Mais en fait non, car c’est maintenant que ça se joue ! MAINTENANT ! C’est du PRESENT qu’on parle ! C’est maintenant que les jeunes doivent « briser les règles » ! Et j’ai trouvé des jeunes comme moi, qui voulaient eux aussi briser les règles !

Oui, des jeunes qui se sont réveillés ! Un peu avant les élections mais c’était le moment ou jamais ! Les débats sont partis ! Les échanges ont fusé de partout et cela continue aujourd’hui. Et je ne m’en lasse pas une seule seconde car ça y est, on s’est réveillés ! Et on réveille chaque jour un peu plus de gens, à travers des talks, des dialogues, des débats, des « loa-bary an-dasy »(1)… Ces derniers touchent d’ailleurs plusieurs domaines : de l’agriculture au digital, en passant par la corruption, le droit des femmes, la citoyenneté, le journalisme, ces discussions sont devenues les principales plateformes où nos jeunes s’expriment pour dire « Non ! »

« Non, on ne veut pas ! »

« Non, je ne veux pas ! »

On ne veut pas beaucoup de choses. Je ne veux pas beaucoup de choses. Mais aujourd’hui, j’ai choisi de parler de « Non, on ne veut plus de ces inégalités et stéréotypes ! ».

J’ai choisi ce thème dans le cadre de la célébration du 8 mars, la journée internationale des femmes.

« Real Men Movement 2019 »

J’ai choisi de parler de deux événements auxquels j’ai assisté ce mois de mars, autour de la célébration de la journée internationale des femmes.

Le premier événement s’appelle « Real Men Movement 2019 ». Un mouvement organisé par l’association Empowermen Madagascar, une organisation fondée par des jeunes Malagasy qui ont pour vision de faire des hommes des acteurs de développement social et économique du pays.

génération condamnée
Ny Ranto Rabarison, Chargé de communication au sein de l’Empowermen Madagascar, en plein speech lors de la conférence, le 6 mars 2019.
cc: Tiasy

L’événement consiste en une série de conférences et de talks réalisés par différents jeunes panélistes, hommes et femmes, qui sont des acteurs de changement dans différents domaines, et qui sont même classés comme des « leaders » parmi la jeunesse malagasy actuelle. Un événement qui a eu lieu du 6 au 16 mars 2019 dans la capitale.

Ce qui m’a vraiment marqué par cet événement en fait, c’est l’unité dans laquelle il a été créé : des jeunes hommes et femmes réunis dans une même salle pour discuter des réels problèmes de la société. Les sujets qui divisent la société malagasy comme l’engagement citoyen, la violence conjugale, la culture du viol, ou encore le harcèlement sexuel et le harcèlement des rues, la valorisation des inégalités et des stéréotypes… Ces sujets ont été décortiqués dans les débats, sur un ton convivial, humoristique, mais en même temps formel.

« Ce sont ces stéréotypes qui empêchent d’avancer. Il est ancré dans la tête des gens que pour être un homme, il faut être ceci, pour être une femme il faut être ceci. C’est la société elle-même qui a émis ces principes. Pourtant, ces principes entravent le développement. Pire, la culture aussi met en avant ces principes. C’est le cas dans le Sud de Madagascar où on relève encore beaucoup de cas de sexisme », rapporte Ny Ranto Rabarison, chargé de communication au sein de l’Empowermen Madagascar.

Pour l’Empowermen, l’éducation est la base du changement de la mentalité. Une vision avec laquelle je suis complètement d’accord.

D’autre part, bien que l’égalité des sexes soit petit-à-petit acceptée dans la société malagasy depuis quelques années maintenant – d’après mes observations personnelles, je trouve quand même qu’un certain sexisme existe encore dans certains domaines. C’est le cas dans le domaine digital, et je ne peux juste pas conclure cet article sans en parler ! Passion du digital oblige !

« Women Rock in Digital »

Chers hommes, chers frères, chers cousins, chers maris, chers… tous ! xD Nous ne sommes pas juste bonne à faire le ménage et à cuisiner ! Je dis « Non ! » Il y a des filles qui ne sont pas doués pour cuisiner – dont moi, tout comme il y a des hommes qui ne sont pas doués en informatique et en digital ! Les stéréotypes, stop ! Cela n’a plus lieu d’être dans le monde d’aujourd’hui ! Tout est question de compétences, tout simplement.

C’est dans cette vision de compétences, de connaissances, de capacités, que Bocasay et la startup Passion 4 Humanity, avec laquelle je travaille en étroite collaboration en tant que blogueuse, a organisé l’événement « Women Rock In Digital », le vendredi 8 mars dernier.

Tout comme l’événement « Real Men Movement 2019 », il s’agissait d’une série de talks donnés par de jeunes femmes travaillant dans le digital, qui a eu lieu le 8 mars dernier.

génération condamnée
Des femmes travaillant dans le digital se sont alternées pour faire des talks, lors de l’évènement « Women Rock in Digital », le 8 mars dernier.
cc: Tiasy

Le digital et l’informatique ont longtemps été des domaines où le mâle domine. La femelle devait se tenir en retrait, regardant le mâle à l’œuvre. Une geekette, de toute manière, ce n’est pas très sexy, ce n’est pas beau à voir, ça n’a pas de forme et ça passe son temps derrière son PC. Eh ben non, Monsieur ! On peut faire des choses ! Mieux que vous !

Je me rappelle. Mon site WordPress avait rencontré un énorme problème… J’ai fait appel à trois amis ingénieurs et aucun n’a pu résoudre mes bugs. En squattant sur des forums, en lisant des documents et en regardant des vidéos sur Youtube, j’ai fini par régler le problème moi-même… « Oui ! Nous sommes fortes en digital ! »

Pour revenir à un ton plus sérieux, depuis quelques années maintenant, de plus en plus d’entreprises informatiques recrutent des femmes à Madagascar. C’est le cas de l’entreprise eTech, ou encore de Passion 4 Humanity. Ces entreprises ont d’ailleurs témoigné de l’efficacité du travail que fournissent les femmes dans le secteur.

D’après Landy Rafalimanana de Passion 4 Humanity, le principal problème, encore une fois, se situe au niveau des stéréotypes.

Pour les parents malagasy, les filles doivent poursuivre leurs études universitaires en filière littéraire, et les garçons en filière scientifique. Mais non, ce n’est plus cela depuis des siècles !

Chers parents, ne condamnez pas vos enfants à ces stéréotypes ! Ni vos fils, ni vos filles ! Ils ont tellement de potentiel…

Tout comme à l’Empowermen, Landy s’accorde à dire que la solution de base est l’éducation.

« Non ! »

Bref, ces deux exemples ne sont pas les seuls exemples d’une génération qui se réveille.

La jeunesse malagasy est consciente que quelque chose ne va pas et elle essaie d’y remédier.

L’éducation en est la base. Et d’ailleurs face à cela, à Madagascar, des mouvements naissent ici et là, tous initiés par des jeunes. Des mouvements pacifiques, mais qui manifestent corps et âmes que nous sommes là, que nous sommes vivants, que nous osons dire « Non ! », que nous osons briser les règles !

Des mouvements qui ne semblent toujours pas axés sur cette voie, mais en fait si, ils sont axés sur l’éducation. L’éducation peut prendre beaucoup de formes aujourd’hui. Comme le mien qui se fait à travers le blogging et le digital. Même l’éducation est victime de stéréotypes ! xD

Mais non ! Nous sommes tellement mieux que ces stéréotypes ! Nous sommes tellement mieux qu’une génération condamnée à fuir le pays ! Non ! Nous pouvons apporter un changement à Madagascar ! Nous pouvons apporter un changement positif !

Nous sommes réveillés. Nous ne nous rendormirons plus !

 

(1)« loa-bary an-dasy »: expression malagasy pour définir une discussion approfondie sur un sujet

Sharing is caring!

4 commentaires sur “Madagascar – Quand une génération condamnée dit « Non ! »

  1. A fond pour combattre les stéréotypes 🙂
    Par contre, non, les hommes n’ont pas toujours dominé le domaine, mais ils ont peut être/probablement cherché à s’approprier le domaine:
    https://usbeketrica.com/article/elles-ont-revolutionne-l-informatique-moderne
    Le premier programmeur était une femme.
    Sinon Women rock in digital 🙂 En anglais, nickel 🙂
    En français, digitale, c’est le doigt, c’est un anglicisme toléré, mais numérique serait mieux, surtout si le but est d’imposer un changement.
    Empreinte digitale/empreinte numérique 😉
    ++

    1. Merci de ce feedback très pertinent!
      Mais le mot « digital » c’est beau! Hihi.
      Vous venez aussi de Madagascar? 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *