Ankazobe – 90 kilomètres pour passer dans une autre dimension

Article : Ankazobe – 90 kilomètres pour passer dans une autre dimension
3 janvier 2020

Ankazobe – 90 kilomètres pour passer dans une autre dimension

Je voulais commencer l’année avec un article inspirant, inspiré, inhabituel, original. Une histoire qui vaille la peine d’être racontée et qui dégagerait à la fois bonheur, joie, mélancolie, nostalgie, envie d’aventure… Mais surtout, un article où je pourrai raconter ma dépression sans avoir à déprimer. Car oui, j’avais fait une dépression (c’est passé maintenant, ou presque… :p) et j’ai survécu à l’année 2019 !

Passer un weekend seul, sans personne à qui parler, loin du bruit, loin des gens, loin de la société, loin du monde, voilà une thérapie intéressante et efficace que je conseillerai à toute personne qui a besoin d’une renaissance, d’un renouveau. Moi, je suis partie à Ankazobe. Accessible, pas loin de la Capitale, à seulement 90 kilomètres de là, et pourtant, on se croirait dans un tout autre siècle.

Là-bas, je ne me suis pas juste débarrassée de ma dépression. J’ai découvert un autre monde.

Pourquoi Ankazobe ?

On ne s’attend jamais à ce que la vie nous réserve. On peut être la personne la plus forte au monde aujourd’hui, et être le plus faible demain. On peut être le plus riche aujourd’hui, et le plus pauvre demain. On peut être aimé et aimer cette personne aujourd’hui, et être détesté et la détester demain…

Je fais partie de ces personnes qui ne peuvent pas se séparer des problèmes. Oui, j’aime ça. Je n’aime pas la monotonie, je n’aime pas la routine ; j’adore les challenges, les situations où je dois me surpasser et faire face à mes plus grandes peurs, les choses compliquées où je dois absolument trouver une solution à chaque point pour régler chaque détail qui cloche…

Sauf que voilà, parfois, je recherche trop de problèmes. L’année dernière, je me suis alors retrouvée engloutie par ces derniers, qui étaient notamment d’ordre personnel. Et une fois que l’on se fait engloutir, c’est assez dur d’émerger à la surface complètement saine d’esprit (déjà que je ne le suis pas -_-‘ !)

Bref, cela va vous sembler contradictoire mais je suis partie échapper à mes problèmes ! Comme je n’avais pas beaucoup de sous, ni beaucoup de temps libre, j’ai dû chercher un endroit près de la Capitale, mais pas trop, à coût accessible, calme, assez campagnard, loin des gens, loin de la société, loin du monde… Dans un excès de folie, en pleine insomnie, avant-dernière semaine de Décembre, j’ai pensé à Ankazobe, où j’avais déjà passé une matinée pour effectuer un reportage à la réserve d’Ankafobe, à une trentaine de kilomètres de là, en 2018.

Un bon matin de Samedi, sac-à-dos, tee-shirt, jogging et converses, 20 000 Ariary – soit environ 5 Euros – en poche, je suis partie de chez moi, j’ai pris le premier taxi-brousse qui allait à Ankazobe, à Vassacos, et je suis partie. Je ne m’attendais à ce que mes deux jours sous les « ravinkazo » soient une si belle aventure.

24 heures sous les « ravinkazo »

Je suis arrivée à la ville d’Ankazobe vers treize heures. Le ciel était gris et lourd, l’orage promettait de faire des siennes. Je suis descendue du taxi-brousse et j’ai pris la route principale. Je ne savais pas trop où ça allait me mener, mais de toute façon, il n’y avait qu’une seule route principale, qui est la Route nationale 4 même, menant à Mahajanga.

ankazobe
La ville d’Ankazobe se situe à 94 kilomètres de la Capitale. cc: Tiasy

Ce qui choque en premier lieu à Ankazobe, une fois que l’on y pose les pieds, c’est cette impression de ville morte qu’elle donne. Car, malgré les individus que l’on voit marcher par-ci par-là, les gargottes et épiceries qui ouvrent, les « trano gasy »(1) qui surplombent la rue, la musique diffusée par les kiosques « mampiditra hira », on ne ressent aucune animation, aucune vie. Ankazobe ressemble à un village où les habitants sont des fantômes qui y ont erré depuis des années, et qui n’ont toujours pas pu réaliser la mission confiée par les pouvoirs de l’au-delà.

Pieds nus et « vakivaky »(2), les vêtements complètements délavés, portant des prénoms malagasy anciens comme « Rabe », « Rakoto », « Rabeza », « Razaka », ces habitants semblent plus se soucier du ciel bleu que de la prochaine dévaluation de l’Ariary.

J’avais une faim de loup, mais les restaurants et hôtels d’Ankazobe ferment leur porte entre midi et quatorze heures, et les quelques épiceries qui étaient ouverts ne proposaient rien d’alléchants à part des biscuits et des cacapigeons(3).

J’ai donc décidé de me résigner et d’aller à la place trouver un distributeur automatique de billets (DAB). Grosse surprise : dans cette ville d’environ 15 000 habitants, il s’avère qu’il n’y ait qu’une banque avec un DAB, et il se trouve à l’entrée de la ville. Mais j’étais déjà partie assez loin, à environ 4 kilomètres, et j’avais trop faim pour marcher jusque là-bas.

Je suis alors partie à la recherche d’un kiosque de mobile-banking, très pratique dans ce genre de situation. Sauf que, encore une fois, il y en avait très peu, et ces derniers étaient soient fermés soient localisés à l’entrée de la ville.

Je me suis alors résignée : non seulement une thérapie pour se débarrasser de la dépression mais en plus un jeun pour renforcer la foi ! Super !

Je me suis souvenue que la dernière fois que j’étais là-bas, vers 16 heures, la ville était déjà complètement déserte. Il était déjà 14 heures 30, je me devais vite de trouver un hôtel où je devrai dormir.

Je ne connaissais aucun hôtel du coin, et aucun hôtel n’était connu aussi XD. J’ai alors demandé à une villageoise, chapeau de paille, un cure-dent entre les dents, qui passait par là, où je pourrai trouver un hôtel ouvert et qui serait localisé assez près.

Un hôtel ? Oh, il n’y en a pas ! Les seuls qui ouvrent sont ceux derrière la montagne, à Mangarivotra, là-haut ! répondit-elle en désignant une montagne assez élevée, comme on en voit dans ces films épiques, avec un débit de parole tellement lent que j’aurai encore pu publier un statut sur Facebook entre-temps

Vraiment ? Et c’est à combien de kilomètres d’ici, ce Mangarivotra ?

C’est loin ! Enfin, pas tant que ça mais c’est très fatigant, il faut monter la montagne ! Le mieux, c’est de prendre un pousse-pousse.

Ah, et ils taxent combien pour là-haut ?

Ah ça, Madame, je l’ignore.

ankazobe
Ankazobe vu de la montagne derrière laquelle se trouvait mon hôtel. cc: Tiasy

J’ai rebroussé chemin pour revenir au terminus des taxi-brousses, où je pourrai sûrement trouver un pousse-pousse.

Le ciel grondait déjà, et je craignais de me faire mouiller avant de trouver un quelconque hôtel.

J’ai vite trouvé un pousse-pousse avant d’arriver au terminus.

Manao ahoana tompoko o !(4)

Manao ahoana tompoko o !

Cette simplicité et courtoisie des villageois d’Ankazobe me rappelaient une époque où je n’étais même pas née. Une façon de vivre que l’on avait perdue depuis des décennies, dans la Capitale.

Mangarivotra. Près des hôtels.

Ah non ! Trop loin pour moi !

OK… Un autre fait choquant à Ankazobe : les gens sont paresseux. Voilà. Enfants comme adultes, la principale activité des habitants du coin est de s’assoir dans les champs, après avoir cultivé les cultures ou pendant que le bétail broute l’herbe. Ils ne demandent rien de plus, je ne sais plus si c’est une bonne ou une mauvaise chose…

Mais j’un un ami qui peut vous y conduire. Attendez, je vais l’appeler.

En deux temps trois mouvements, un autre tireur de pousse-pousse est apparu.

Mangarivotra ? fit-il avec ce débit de parole toujours aussi lent qui a le don de m’agacer

Oui.

Ok.

Combien ?

5 000 Ariary.

Ce n’est pas trop cher, ça ?

Mais non ! C’est même cadeau !

Si, c’était cher, mais j’avais trop faim, et la pluie menaçait de tomber. J’ai accepté.

Une fois arrivée tout en haut de la montagne, j’ai réalisé qu’on était encore bien loin des hôtels, que l’on pouvait apercevoir à une distance plus ou moins lointaine.

Voilà ! fit le tireur de pousse-pousse en s’arrêtant.

J’ai regardé autour de moi, de la verdure à perte de vue et pas un seul humain qui pourrait m’assurer que je n’étais pas dans un film d’horreur, sauf le tireur de pousse-pousse.

Ah, c’est… encore loin apparemment… fis-je, assez embêtée

Oui, mais là-bas ça fait quand même un demi-kilomètre ! Vous devrez ajouter 1 000 Ariary si vous souhaitez que je vous dépose là-bas !

Ah ! Les villageois ! Tous les moyens sont bons pour avoir un peu plus d’argent.

Bon, tant qu’à faire.

D’accord, pas de souci, fis-je

C’est parti Madame !

Une fois arrivée sur les lieux, j’ai payé le tireur de pousse-pousse et regardé les alentours. Il y avait distinctivement quatre hôtels, et ils semblaient tous peu accueillants, froids, vieux, et surtout, fermés.

La peinture des murs se détachaient, les vitres des bâtiments étaient cassées, et encore une fois, il n’y avait même pas un chat dans les alentours. J’étais partie pour ne plus revenir, et la pluie commençait à tomber à petites gouttes…

(à suivre)

(1) trano gasy: se dit des maisons en architecture malagasy traditionnelle
(2) pieds « vakivaky« : se dit des pieds crevassés à force de marcher pieds nus tout le temps sur des rues poussiéreuses
(3) cacapigeons: pâte frite en forme de caca de pigeon, d’où le nom, incontournable mets consommé lors de repas entre amis ou en famille
(4) « manao ahoana tompoko« : bonjour, formule formelle, en malagasy
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Commentaires

Nathassa
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Et la suites !????

tiasyraconte
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coming ;)

Ta Muse inversée?
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LA SUITE! LA SUITE!
J'aime comment tes plus beaux textes sortent quand je ne suis pas là. Je te sers à ça au moins! ^_^
Mon absence te sers.

Belle plume Tiasy! Continues comme ça!

tiasyraconte
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toujours aussi narcissique…
merci :)

Randrianoelina Ianja Ambinina Ratovonirina
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J'attends la suite avec impatience.
Je me rappelle dès fois où j'ai lu ton fameux livre inspiré d'Hannah Montana.
Très bon travail

tiasyraconte
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Merci beaucoup Ianja!
Ah oui! Ah non, ça c'était des enfantillages! lol

Bloo
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Rhaaaa, bonne année très chère.
J'attends impatiemment la suite du trip (que je ferai bien volontiers).

tiasyraconte
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haha! Bonne année! :) Okay! :)