Témoignage : « Madagascar ne sera pas un pays de startups »

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« Cela va faire deux ans que nous sommes engagés dans l’appui des jeunes entreprises et jeunes entrepreneur(e)s à Madagascar. […] Mais quoiqu’il en soit, le constat est dur et sans appel ».

C’est ce que l’incubateur de startups Incubons a posté dimanche dernier sur sa page Facebook. Un témoignage poignant qui fait prendre conscience d’à quel point les jeunes ont du mal à investir à Madagascar.

Tendance « startups »: trop prétentieux

L’incubateur d’entreprises Incubons, dans un post sur Facebook, dimanche dernier, n’a pas mâché ses mots pour dénoncer à quel point l’entrepreneuriat est mal compris à Madagascar. Il a pointé du doigt ceux qui font miroiter un rêve presque impossible à des jeunes gens, en les manipulant sur ce qu’ils doivent ou peuvent faire via de beaux discours et des théories mirobolantes sur combien  devenir un entrepreneur est magique.

« Ce serait bien d’arrêter de faire miroiter à la jeunesse une pseudo réussite instantanée par le biais de l’entrepreneuriat. Beaucoup trop de personnes surfent sur la tendance « startups » et font croire qu’il s’agit de la meilleure (et seule) manière possible de créer son emploi, en créer pour les autres, et faire avancer à son niveau le pays. Sur papier c’est effectivement une très bonne voie, mais ça n’est ni la seule, ni la plus facile, ni la plus réaliste », a souligné Incubons.

En effet, la tendance startups semble trop prétentieux, car avant de réussir en entrepreneuriat, beaucoup de facettes doivent être prises en compte. Et il ne s’agit pas que d’une question d’argent. Malheureusement, c’est la gloutonnerie en argent qui constitue la faille pour les jeunes entrepreneurs malagasy.

De jeunes entrepreneurs se sont réunis au Startup Weekend Antananarivo, les 11, 12 et 12 août derniers. © Startup Weekend Antananarivo

Addiction à l’argent et au financement

« Il faut faire un constat très précis de l’environnement entrepreneurial de la jeunesse à Madagascar », continue Incubons.

 

Le principal problème, évidemment, tourne autour de l’envie de se remplir les poches vite-fait. Cette logique quantitative qui mènera plus de la moitié des entrepreneurs à leur perte, car ils ne calculeront jamais une rentabilité durable et viable, mais plutôt une rentabilité instantanée.

« Il y a beaucoup d’idées, mais beaucoup qui n’aboutiront jamais, beaucoup de copier-coller, peu d’individus sont capables d’avoir une idée qui tienne la route, qui réponde à un besoin, qui peut se rentabiliser et se dupliquer.  Pourquoi ? Parce que l’argent est roi, la majorité sont à la recherche du profit et non du bien commun », martèle Incubons. « Nous avons accompagné 20 entreprises, 7 des 10 de l’an derniers subsistent encore et nous espérons que les 10 de cette année parviendront à changer d’échelle », rapporte-t-il. « Si vous posez la question du frein principal des jeunes entreprises ou nouveaux projets à Madagascar, on vous répondra que c’est le manque de financement. Ceci est faux. Si votre projet ne peut pas démarrer avec le minimum que vous avez en poche (entre 20.000 et 70.000 Ariary), de la conviction, des nuits blanches et une envie folle de réussite, alors c’est un mauvais projet. Cessez de faire miroiter 1000 ou 2000 euros à des personnes qui ne savent même pas gérer 10.000 Ariary. »

Interpellation à certains incubateurs et plateformes entrepreneuriales.

Buzz et culture du paraître

Mais non seulement les incubateurs et plateformes, Incubons pointe aussi du doigt les petits magazines tendances, les évènements entrepreneuriaux en tout genre et les innombrables pages Facebook sponsoriés, qui sont en train de détruire la vision des jeunes concernant la réalité des startups à Madagascar.  D’après l’incubateur, il s’agit de la culture du buzz et du paraître. Une illusion très bien menée, disent-ils.

« Comme si nous étions dans un pays où les « success-stories »   s’enchaînaient … Prenez la peine de creuser un peu et vous verrez que plus de 90% des gros buzz d’il y a deux ans n’existent plus. »

Fait réel et véridique. Bref, il faudra encore bien plus que des publicités et des sensibilisations sur l’entrepreneuriat pour aider les jeunes entrepreneurs. Il faudra d’abord changer leur mentalité avant toute chose. Convaincre que l’argent n’est pas la clé du succès et, comme le dit l’adage, « ne fait pas le bonheur ». Difficile à dire, en ces temps où la mondialisation ne cesse de nous entraîner dans son engrenage, et où, partout dans le monde, l’Euro, le Dollar et l’Ariary parlent avant toute chose. Encore une fois, la jeunesse est condamnée.

 

Quelles solutions si on veut vraiment inspirer la jeunesse malgache à entreprendre ?

– Penser bien commun : l’entrepreneuriat social est un modèle qui sied à la réalité malgache : faire de l’argent un moyen et non une fin, pour atteindre des objectifs sociaux, sociétaux ou environnementau x.
– Laisser le résultat communiquer pour vous : beaucoup trop de  »stars » de l’entrepreneuriat des jeunes à Madagascar ont fait l’erreur d’enchaîner les salons et les interviews, et ont délaissé le coeur même de ce qu’ils font : travailler.
– Faites avec ce qu’il y a : vous pouvez lever 2.000.000 d’euros, mais si vous êtes incapable d’avoir la tête sur les épaules et de savoir qu’il faut commencer avec les moyens du bord, mais que par contre il vous faut déjà la belle voiture et la belle villa, c’est foutu.
« Entreprendre c’est faire le mieux qu’on peut avec le peu qu’on a, pour le bien commun » (Incubons)

 

 

 

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4 commentaires sur “Témoignage : « Madagascar ne sera pas un pays de startups »

  1. Beaucoup d’entrepreneurs malagasy confondent aussi entrepreneuriat,arnaque et escroquerie..C’est pour cela aussi que beaucoup d’entreprises ne durent pas dans ce pays. Au max, 2 ans. Aucune vision a long terme, aucun ethique et surtout aucune intelligence economique

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