5 petits miracles de la visite du pape François à Madagascar

Article : 5 petits miracles de la visite du pape François à Madagascar
10 septembre 2019

5 petits miracles de la visite du pape François à Madagascar

Je n’écris pas trop sur la religion. Je n’ai jamais trop aimé aborder ce sujet dans mes écrits, mais là je pense vraiment qu’il y a de quoi faire un texte original, éducatif et constructif, à propos de la visite du Pape François à Madagascar. S’il y a bien des choses qui m’ont choquée durant la visite du Saint Père dans la Grande île, je pourrai les résumer en trois mots: discipline, foi et volonté. La visite du numéro 1 de l’Eglise catholique qui a eu lieu du 6 au 10 septembre 2019 aura démontré la véracité de cet adage: « Quand on veut, on peut. » Dans tous les sens du terme.

Je vais énumérer dans cet article 5 faits spéciaux qui ont eu lieu lors de la visite du Pape François à Madagascar. Des faits qui sont peut-être anodins dans d’autres pays du monde, mais qui n’avaient plus eu lieu depuis des années dans la Grande île, si bien qu’on pourrait les qualifier de petits miracles, tellement on avait perdu la foi!

1- Les piétons savent encore utiliser les trottoirs

Qui l’eut cru! Les piétons de Madagascar savent encore utiliser les trottoirs! Un réel petit miracle! Pour la première fois depuis mes 24 ans d’existence, j’ai vu toute une file indienne suivre les trottoirs sans déborder sur la route des automobilistes.

Oui, il y en a eu 4 ou 5 qui ont quand même voulu dépasser les rangs et démontrer qu’ils étaient plus pressés que la majorité des piétons (et croyez-moi, on l’était tous!), mais en général, l’ordre a été respecté. Tellement respecté que ça me manque déjà! Les voitures n’avaient pas à klaxonner, les gendarmes et policiers surveillaient la circulation sans avoir à siffler à tue-tête, les gens marchaient paisiblement… Un vrai bonheur!

2- Les Malagasy peuvent éviter de « misisika »(1)

S’il y a bien une chose pour laquelle les Malagasy sont connus, c’est la culture du « misisika »: cette façon de se bousculer à tout moment, à tout instant, pour n’importe quelle raison! « Misisika bus », « misisika WC », « misisika douche publique », « misisika hijery fety »(2), et, récemment, « misisika avy nijery fety »(3)…

Un incident qui a eu lieu le 26 juin dernier, jour de la fête de l’Indépendance, a conduit à la mort d’au moins 16 personnes.

Lors de la grande messe du 8 septembre, conduite par le Pape François au domaine Soamandrakizay, à laquelle a assisté un million de fidèles, une des plus grandes peurs des organisateurs, des fidèles, des spectateurs amorphes (ceux qui ne sont pas forcément intéressés à voir le Pape mais qui craignent quand même que les choses ne débordent), et une des plus grandes attentes des opposants (oui, l’Eglise catholique a des opposants), c’était justement qu’une bousculade ait lieu à l’entrée ou à la sortie de la messe. Ce qui mettrait de l’ombre à tout ce beau tableau, car cela entraînerait des blessés ou même des morts.

Et non! Les fidèles, et je dirais même les Malagasy, ont démontré qu’ils peuvent très bien sortir sans se bousculer. Avec bien sûr l’aide des forces de l’ordre, qui ont joué à 100% leur rôle durant ces 4 jours à marquer d’une pierre blanche. Et justement, je vais y venir!

3- Les forces de l’ordre peuvent très bien accomplir leur mission n°1: le maintien de l’ordre

Maintenir l’ordre dans un domaine de 75 hectares regroupant un million de personnes, c’est du travail! Il faut quand même l’avouer. Là, les forces de l’ordre malagasy ont assuré!

Dès 4 heures du matin, heure à laquelle je suis sortie de chez moi avec ma famille, j’ai aperçu des gendarmes et policiers tout le long des routes, au garde-à-vous, bâton à la main, prêts à toute éventualité. On pouvait lire le sens de la responsabilité et la détermination dans leurs yeux. On ressentait également qu’ils se disaient que ça allait être une longue journée.

On en voyait partout, des hommes et femmes avec leur tenue vert armé et leurs boots noires. Contrairement à d’habitude, ils ne dégageaient pas un sentiment de supériorité, ce jour-là, ils dégageaient un air de bons samaritains, de collaborateurs, étrangement, de protecteurs…

Je ne sais pas pour les autres fidèles, mais je me suis vraiment sentie en sécurité. Et croyez-moi, ça fait du bien, dans un pays où on craint toujours de se faire voler son téléphone à la moindre inattention, de se faire heurter par une voiture ou une moto au moindre dérapage…

Je l’avais déjà mentionné plus haut, la circulation a été parfaite, les automobilistes roulaient sur la route et les piétons marchaient sur les trottoirs. Et ce fut en grande partie grâce aux forces de l’ordre.

Je ne peux cependant m’empêcher d’interpeller les responsables étatiques et ceux auprès des forces armées de Madagascar, et de leur demander pourquoi tout cela n’a-t-il jamais été fait auparavant? Fallait-il que le Pape François vienne pour que ces petits miracles arrivent?
Fallait-il que le Pape François vienne pour que plus de 7 500 éléments soient mobilisés? Pour que des caméras soient installées? Et nous savons tous ô combien la population malagasy est avide d’un sentiment de sécurité. Si vous avez pu nous l’offrir pendant ces quatre jours, vous pouvez nous les offrir 365 jours sur 365!

4- Les Malagasy ont la foi

Visite du Pape François à Madagascar
Embouteillage à 4:45 du matin à Analamahitsy, à quelques kilomètres du domaine Soamandrakizay.
cc: Tiasy
Visite du Pape François à Madagascar
Vers 6 heures du matin, inondation de foule pour entrer au domaine Soamandrakizay, malgré tout, dans un ordre inimaginable.
cc: Tiasy

Quand on voit une dizaine de voitures avec le drapeau catholique accroché à la portière et la mention « Distrika Ihosy » ou « Distrika Toamasina » par exemple, transportant une vingtaine de personnes chacun, rouler en caravane à 16 heures pour se diriger vers le domaine Soamandrakizay…

Quand on voit des milliers de personnes marcher à 4 heures du matin dans les rues, sac au dos, avec bouteilles d’eau, bonnet, manteau, collant, bottines, en route vers le domaine Soamandrakizay, ayant marché à pieds sur au moins 5 kilomètres, et revenir, quelques heures plus tard, dans la même tenue mais en version plus amochée. Des chaussures de couleur à peine reconnaissables, des pantalons complètement colorés à la poussière, des paupières et des cils maquillés au naturel, des lèvres qui ont pris une couleur beige ou marron pâle, des cheveux qui ressemblaient aux herbes sèches de la savane, des masques à gaz ou des lunettes de plongeon comme matériels de protection… Voilà à peu près la description simple des fidèles qui sont revenus des lieux, après la messe… Donc quand je dis amoché… Pour moi personnellement, il suffisait que ma langue frôle mes lèvres pour sentir le goût de la poussière dans ma bouche.

Quand on voit des milliers de personnes camper toute la nuit pour éviter de marcher des heures le lendemain, avec seulement une simple couverture et du pain pour nourriture…

On réalise que la foi peut presque littéralement déplacer des montagnes.

Visite du Pape François à Madagascar
A 7 heures du matin, le domaine Soamandrakizay est déjà presque rempli.
cc: Tiasy

Car oui, quand je réalise que j’ai fait presque 20 kilomètres de marche à pied, après avoir déjà fait un trajet de 5 kilomètres à pied la veille, je dois quand même avouer que je me suis moi-même découverte une force herculéenne. Je suis tombée malade, ensuite, oui… Et malgré tout je n’avais jamais éprouvé une telle joie. La dernière fois, c’était quand les Barea avaient été qualifiés pour les quarts de finale de la CAN 2019. Mais encore, ce n’est pas comparable.

5- Quand un individu veut quelque chose de toutes ses forces, il peut réaliser des efforts surhumains

Ce dernier point est à peu près illustré par le même exemple que celui du point précédent, mais en y ajoutant que, par exemple, pour mon cas, je ne me serai jamais réveillée à 3 heures du matin pour ensuite sortir de chez moi une heure plus tard, dans le froid, pour marcher sur plus de 5 kilomètres, dont plus de la moitié de cette distance à pas de fourmis, même pour voir mon artiste préféré (qui est déjà mort, malheureusement). Non. Et je n’aurais jamais cru faire cet effort pour rien ni personne au monde.

Et j’imagine que plein d’autres personnes qui ont fait le même effort ont réalisé, quelques heures ou jours plus tard, qu’en fait ils avaient littéralement réalisé des efforts surhumains, ce jour-là. Ce fut mon cas, en tout cas, et j’en suis fière.

Je peux presque dire qu’après avoir découvert cette force, je peux tout surmonter. A moins que cette détermination, ce soit aussi un miracle… Je veux dire, je suis naturellement quelqu’un de déterminée et de têtue, mais cette journée de dimanche, ça m’a quand même fait tilt…

 

(1) « misisika »: expression signifiant « se bousculer » en malagasy

(2) « misisika hijery fety »: expression signifiant « se bousculer pour assister à une fête

(3) « misisika avy nijery fety »: expression signifiant « se bousculer pour sortir d’une fête »

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Commentaires

MBOLANORO Odon
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Je suis véritablement d'accord avec vous chèr Monsieur.

Jean Marc Ranaivomanana
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Milles fois merci de nous avoir partagé ces petits miracles. On voit que vous un autre regard que le regard ordinaire plutot pejoratif et negatif. Quelle joie interieure jaillisse a l interieure de moi en lisant votre article tres touchant. Je suis fier d etre malagasy et catholique. Grand merci pour votre regard qui sort de l ordinaire. Que Dieu vous benisse.
JM Ranaivo

Tiana dit MOHA RAJAONARISON
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merci..... misaotra.... Miracles,

Vital
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Cela prouve que les catholiques sont disciplinée sur tous les fronts. L église mère reste à jamais une modèle.

Rasolojaona
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Merci pour votre témoignage ! Vous nous faites vivre ce qu’on a imaginé et pensé à distance, sans parler des réalisations, qui vues de loin n’ont rien à envier à ce qui se passe en Europe ou ailleurs ! Mais je me suis posée la même question: pourquoi le peuple Malagasy et les dirigeants ( politiques et religieux) ne peuvent -ils pas réaliser ces choses simples pour tous les jours ! Le peuple accuse le pouvoir et le pouvoir attend le peuple ! Quid du civisme ?