Madagascar : décolonisé sur le papier, mais pas dans la tête

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Madagascar. 57 ans d’indépendance. Dignement fêté hier et ce jour, dans la joie et l’allégresse. Seulement, dans mon cher Madagascar, le rêve d’un monde meilleur continue. Des combattants malagasy ont obtenu leur indépendance après une lutte mortelle il y a de cela 57 ans. Mais actuellement, cela ne signifie plus grand-chose.

Les malagasy colonisés dans leur tête

Ça fait 57 ans. 57 ans que Madagascar a été proclamé officiellement comme « indépendant » ! D’accord, et qu’est-ce qui a changé depuis ? Il faut être réaliste : les malagasy sont décolonisés en théorie, mais dans la pratique, cela reste à prouver. Ma vision ici n’est pas celle de tout le monde. Je parle de ce que je vois et entends chaque jour dans les rues, dans les conversations des gens, aux informations. Nous aimons bien le « mihatsaravelatsihy »(1), c’est tout ce qui nous reste. Nous parlons d' »amour de la langue maternelle », mais déjà, un entretien d’embauche dans une boîte malagasy se fait en français. Pourquoi ? Je ne dis pas que la langue française n’est pas importante, seulement les Français dans les boîtes Françaises ne font pas leurs entretiens en anglais. Les gouvernements successifs n’ont jamais rien fait pour se débrouiller tout seul ! Ils ont toujours attendu l’aide des Partenaires techniques et financiers, les « subventions », prêts, dons et je-ne-sais-plus-quoi. Mais après, nous devons céder nos terres, nos ressources, etc. Nous ne sommes pas indépendants, nous descendons un peu plus profond chaque jour ! Des entités n’affichent même plus « Ariary »(2) quand ils exposent le prix de leurs services ! Ils mettent « Euros » ou « Dollars ». Et d’ailleurs, l’Ariary n’est pas la seule monnaie de change dans ce pays. Je n’invente pas ! J’ai vu plein d’affichages de prix de ce genre à Diego, il n’y a même pas un mois !

La vue du Rova Manjakamiadana de Betongolo, un quartier de la Capitale. © Tiasy

Zéro respect

Les malagasy n’éprouvent plus ce que l’on appelle « amour de la patrie » ou « respect des compatriotes ». Quand tu entres dans un bureau administratif, tu dois « payer » pour avoir un service, et c’est le Malagasy en face de toi même qui t’y oblige ! Mais il ne fera pas payer un étranger. Pourquoi ne pas mettre les deux sur un même pied d’égalité ? Je ne comprendrai jamais sur quoi nous sommes portés. Ou si, en fait : nous sommes portés sur l’argent, la vanité, la cupidité et la gloire. Mais pire, nous n’avons plus de respect envers les mêmes malagasy que nous, et encore moins envers notre pays. Triste réalité. Nous levons un drapeau déchiré et qui n’a pas été lavé pendant plusieurs siècles un mois avant le 26 juin (3), chaque année. Et encore, il faut se féliciter car au moins, on l’a levé, contrairement à 75% des habitants du quartier où on vit ! La majorité des malagasy ne connaissent pas par cœur l’hymne national, petits comme grands. Seulement, on ne l’a jamais dit tout haut. Heureusement, il y a toujours le playback qui passe lors des grandes cérémonies… seuls les vieux « combattants » qui ont vécu à l’époque de la colonisation savent encore ce que c’est que d’aimer son pays. D’ailleurs, lors d’une discussion avec d’anciens combattants de la grande bataille du 29 mars 1947, ces derniers m’ont dit qu’ils étaient tristes de la situation dans laquelle la population malagasy s’est-elle mise actuellement. Des dizaines de générations sacrifiées pour rien, pour assouvir les désirs des nouveaux colons qui sont principalement ceux de même nationalité que nous, mais aussi ceux de nationalités étrangères qui se sont alliés à ces derniers !

(1)« mihatsaravelatsihy » : mot malagasy qui signifie « être hypocrite ». Etymologiquement, « mihatsaravelatsihy » révèle au sens propre la position d’un « tsihy », sorte d’outil malagasy utilisé comme tapis, qui semble propre de l’extérieur mais qui couvre toutes les saletés d’une maison. Le « tsihy » est utilisé par le propriétaire de la maison pour  recouvrir les saletés quand un visiteur vient dans sa maison.
(2) Ariary : Ariary: la devise malagasy
(3) 26 juin: date de proclamation de l’Indépendance de Madagascar, en 1960.

 

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1 commentaire sur “Madagascar : décolonisé sur le papier, mais pas dans la tête

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